Archives de catégorie Technique

ParFranck LUCEA

Mais pourquoi raconter sa vie ?

Pour chacun d’entre nous, la tentation est grande de raconter sa vie.
Les raisons en sont nombreuses :
– Laisser une trace de soi pour ses descendants et amis,
– Témoigner de ce que l’on a vécu. Il n’est pas rare que les gens ayant traversé des épreuves, des revers, des grands changements aient envie de laisser ce chemin par écrit,
– Témoigner du temps passé. Même une vie banale de 1980 semblerait étonnante à un lecteur d’aujourd’hui. (comment ?! …Juste trois chaines de télévision ? un minitel ? des cassettes ? Le téléphone payant à la minute ? Pas de ceinture à l’arrière des voitures ? etc.)

Il y a bien un modeste pied-de-nez à faire au temps et à la mort en laissant une petite partie de soi, vivante, brillante, qui contient les fragments de sa voix propre. Il y a dans l’autobiographie un désir de ne pas disparaitre trop vite. Et de toucher à l’universel aussi. Que dit la vie d’un homme ? Qu’il a espéré, souffert, aimé, cru, lutté, ri, pleuré… Comme le disait Marguerite Yourcenar à l’ouverture des Mémoires d’Adrien :  » tout ce qui vit l’avenue humaine est moi ». L’autobiographie est aussi le moyen, modeste finalement, de se dire homme parmi les hommes.

Des autobiographieS

Le genre s’est bien complexifié. Voyons-en les différents représentants.

L’autobiographie stricte est un récit à la première personne du singulier où, pour simplifier, l’auteur est à la fois le narrateur et le personnage principal. Deux impératifs : elle raconte un moment plus ou moins long d’existence, elle revendique sa parfaite sincérité (pour ne pas dire vérité).
Au XIXeme siècle l’autobiographie se fait Mémoires, en conjuguant l’histoire personnelle avec la grande Histoire. Au contraire, avec Pagnol, on est dans le petit récit familial, douillet, inoffensif et attendrissant..

L’autofiction reprend les codes de l’autobiographie, mais elle se permet des libertés avec la vérité : elle exagère, renforce, maquille aussi : elle permet à l’auteur de se cacher derrière la fiction et de ne pas assumer tout ce qu’il est.
Elle joue avec la focalisation, les symboles, la temporisation en restant dans la limite du possible, et du « c’est presque arrivé comme ça » . Bref, elle offre de nouvelles opportunités de raconter.

La biographie romancée bascule dans un récit de vie où la fiction reconstitue les manques et les trous. Le narrateur est alors extradiégétique. C’est particulièrement intéressant pour un personnage qui possède des zones d’ombres. Les biographies de Rabelais, ou de Keith Richard, par exemple permettent des hypothèses, des reconstitutions. On étaye le fait vrai par le vraisemblable.

Il est compréhensible que vous soyez tenté par l’autobiographie tout en étant effrayé par le manque de mot et le manque de temps, comme disait Eluard. Nous, chez conseil-écrivain, prête-plume, écrivains fantômes sommes là pour vous permettre d’avoir dans la main, consigné dans un livre beau et fort, les moments importants de votre vie.

ParNicolas LORIOD

L’autobiographie, objet littéraire bien identifié

Notre expérience d’écrivains prête plume et nos conseils-ecriture

Ma vie, cette œuvre

Notre activité de prête plume nous amène souvent à nous confronter à l’autobiographie. C’est un exercice intéressant. Intéressant, précieux que d’accompagner et donner des conseils en ecriture dans le cadre du récit d’une vie.

Ecrivain est un métier ou une discipline. Mais le premier des ecrivains, dans une autobiographie, c’est vous. Vous êtes l’écrivain qui met à jour son passé, ses expériences. Faire appel à nos services de conseil ecrivain, c’est vous aider, en tant que prête plume, à faire émerger ce qu’il y a en vous et/ou à lui donner forme.

Un genre ancien

Le récit d’une tranche de vie n’est pas nouveau. Dès l’antiquité, les hommes ont eu le souci d’écrire leur parcours. Ecrivain, Jules César l’est assurément lorsqu’il écrit La guerre des Gaules, mais cela relève davantage de l’oeuvre de propagande que de la mise à nue du rédacteur.

On considère que Les confessions de Rousseau constituent la première œuvre autobiographique au sens moderne du terme. Ecrivain, philosophe, libre penseur, Rousseau procède à une reconstruction de son passé et propose ce que le spécialiste de l’autobiographie Philippe Lejeune nomme le « pacte autobiographique », à savoir raconter la vérité, se montrant tel qu’il est, quitte à se ridiculiser ou à exposer publiquement ses défauts.

« Des mots valent mieux qu’une photo souvent… » Hemingway.

Au cœur de l’intime

Avec le développement des sciences sociales et psychologiques, l’autobiographie s’est davantage portée sur une quête de soi. L’écrivain se plonge dans le passé pour mieux se comprendre, comme une forme de reconquête de soi.

En tant que prête plume, nous avons conscience de cette dimension particulière. Ecrivains, nous savons que mettre par écrit son histoire, à la manière d’un Vincenot, est une vraie responsabilité ; aussi, nous sommes toujours honorés de pouvoir vous donner des conseils-écriture. C’est notre rôle de conseil ecrivain que de parvenir à la forme la plus aboutie d’un récit de vie.

Engagement du prête plume

L’écriture d’une vie n’a rien d’anodin lorsque l’on est conseil écrivain ; donner des conseils d’écriture, prendre en charge la mise en forme d’une vie font partie de nos missions de prête plume. Ecrivains à même de donner  des conseils ecriture, oui. Ecrivains engagés pour faire de votre passé un trésor, assurément.

ParNicolas LORIOD

Charlot, « sous les lumières de la ville »…

Deux mots sur la narration cinématographique du muet

Je ne sais plus qui a dit « Chaplin est le premier homme à avoir fait rire toute la planète », mais la remarque souligne d’emblée la dimension iconique du personnage de Charlot.

D’ailleurs, « Charlot » est une nomination purement française ; aux Etats-Unis, ce personnage clownesque n’a pas de nom : on le surnomme le tramp, qui signifie le vagabond.

Chaplin est un réalisateur génial, hors-norme, ne serait-ce que par sa longévité cinématographique (songez, plus de 90 films à son actif).

J’ai choisi ici de faire une analyse contextuelle (rapide) du dernier chef-d’œuvre du cinéma muet : Les lumières de la ville, sorti en 1931. Dans ce récit, Charlot s’évertue à trouver de l’argent pour aider une jeune aveugle pour qui il a des sentiments. Celle-ci le prend pour un millionnaire…

Au-delà de l’écriture scénaristique, trois données contextuelles en font une œuvre intéressante.

Un film, un contexte

Nous sommes fin des années 1920- début des années 1930. C’est le début de la Grande Dépression, la plus grande crise économique du XXe siècle. Les faillites bancaires s’accompagnent de fermetures d’usines. Une grande panique s’empare du pays puis s’étend au monde entier. Le chômage et la pauvreté s’aggravent dans des proportions considérables. Le scénario des Lumières de la ville rend compte, à sa façon, de ce climat social instable et inquiétant.

Le personnage du millionnaire, « ami » par intermittence de Charlot, est, pour certains observateurs, le symbole du capitaliste : versatile, il est exubérant et généreux dans les moments d’euphorie (à l’instar des marchés lorsque le système de croissance est bien en place) et dépressif-suicidaire lorsqu’il redevient sobre (symbolisant alors les périodes de crise).

Si le film n’a pas été perçu comme militant et politique (contrairement à son film suivant, Les temps modernes), Chaplin n’en demeure pas moins un fin analyste de la vie économique. En effet, un an avant le krach de 1929, il avait transformé ses actions boursières en or canadien. Il évite ainsi la ruine.

Cachez-moi ce vagabond que je ne saurais voir

Le code de censure dit Code Hays est ratifié en 1930. Il instaure un certain nombre d’interdits au cinéma. Pourtant on est surpris de nombreuses scènes de beuveries, voire d’orgies ! En fait, le Code Hays n’est véritablement appliqué qu’en 1934 ; le film de Chaplin est dans une période où une certaine permissivité morale existe encore.

Chaplin a également assagi son personnage de Charlot. « si Les Lumières de la ville est parvenu à la pureté que visait son auteur, ce ne pouvait qu’en gommant certains aspects excessifs du personnage » (Michel Chion).

Le vagabond est devenu en effet plus « sage » que dans ses apparitions précédentes. Dans les premiers films du tramp, il est agressif, bagarreur, impulsif, animé par des instincts sexuels très primaires. On les retrouve évidemment dans les Lumières de la ville, mais soit ces moments sont limités à quelques actions soit ils sont implicites (en fait, le film est truffé d’allusions sexuelles !).

Chaplin et le son : qu’est-ce que vous dites ?

On l’oublie souvent, mais Chaplin pense que le son va tuer le cinéma. Fin des années 1920, le cinéma sonore apparaît. Nombreuses sont les réactions négatives face à cette innovation. S’il finira par se « convertir » au sonore, Chaplin, au moment des Lumières de la ville, est encore réticent. Il y a bien du son (des gimmicks sonores notamment) mais pas de dialogue ; on reste avec les cartons. Et c’est gonflé, à un moment où le cinéma muet est déjà « has been » ! Pourtant, il décide, à contre-courant, d’écrire un film sans dialogue parlé. Et c’est une réussite. La scène d’ouverture, dans laquelle le discours des notables est remplacé par un bruit de mirliton, est symbolique de la posture de Chaplin à l’égard du cinéma sonore.

Enfin…

Enfin, s’il faut une autre bonne raison de regarder le film, c’est la séquence finale. On a beau la voir 50 fois, on est ému 50 fois… Du grand art.

Paradoxalement, le muet a beaucoup à apprendre à l’auteur (nègre, prête-plume, conseiller en écriture) par l’intensité des message, l’économie des moyens, la recherche de messages universels et ce qu’on pourrait appeler la virtuosité de la simplicité.